Le 5 juin 2020
Histoires d'explorateurs

Christian Clot - L'exploration scientifique pour mieux s'adapter au monde de demain


Par Marine


Explora Project
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Christian Clot est un explorateur et chercheur suisse connu pour ses expéditions en Patagonie et en cordillère Darwin, dont il a réalisé en solitaire la première exploration de la partie centrale en 2006, ainsi que ses expéditions ADAPTATION 4X30 JOURS en milieux climatiques extrêmes. Il dirige l’institut de recherche « Human Adaptation Institute» dans lequel il étudie le cerveau humain et sa capacité à s'adapter dans des conditions extrêmes.
Nous avons eu la chance d'avoir Christian Clot avec nous pour une interview passionnante dans le but de comprendre ensemble comment le corps peut s'adapter dans des milieux extrêmes et faire face à des situations qui lui sont complètement inhabituelles.

Comment es-tu entré dans le monde de l'exploration ?

« Je suis explorateur depuis que je suis tout petit. Je ne peux pas dire exactement quand j’ai décidé de devenir explorateur. Quand j’avais 4 ans, je prenais un baluchon pour partir dans la forêt à côté de chez moi. J’ai eu très vite cette envie de découvrir, de ne pas accepter ce qu’on me disait, en me demandant toujours pourquoi ceci ou pourquoi cela. J’ai commencé comme un aventurier, en essayant de me comprendre moi, pour me confronter à des choses que je ne comprenais pas bien. La montagne était mon milieu donc j’ai poussé très loin dans les aventures en montagne puis plus loin dans d’autres domaines. Ce qui m’a rendu capable d’aller dans des milieux extrêmes. 
Ensuite je me suis dit « Ok maintenant tout ce que j’ai vu j’en fais quoi ? » et c’est là qu’on commence à basculer de l’aventurier à l’explorateur. J’ai commencé par aller voir des scientifiques sur des domaines que je connaissais bien pour leur proposer de leur ramener des informations de mes expéditions. Ils m’ont formé à prendre des mesures (géologie, glaciologie.)
 J’ai eu aussi l’occasion de voir énormément d’humain dans des situations très compliquées. J’ai commencé à étudier ce que j’observais sur des situations de drames (tremblement de terre, tsunami.) dans les réactions humaines. Je me suis dit qu’il y avait là, un terrain d’étude extraordinaire car personne n’étudie des réactions humaines dans une catastrophe. »

Dans un milieu comme ça, le taux d’évaporation est tel que la gorgée que vous prenez dans la bouche n’a pas le temps d’arriver dans l’estomac qu’elle s’est déjà évaporée

Peux-tu nous donner des exemples de réactions communes que tu as vu sur tes expéditions en situation de crise ? 

« Ce qui se passe dans ce genre de moment, c’est qu’il y a une vitesse de changement d’état mental extrêmement rapide. La profondeur des sensations dans ces moments-là sont démultipliées et tout semble énorme. Ces sensations provoquent dans le cerveau un certain nombre de réactions très profondes qui vous amène à distordre la réalité. Des situations de paroxysme dans le cerveau très profond. Je travaille vraiment sur l’adaptation humaine face aux situations extrêmes. L’extrême n’est pas forcément lié à un environnement ou climat mais à la capacité de compréhension d’une situation. Et si on ne comprend pas la situation dans laquelle on se trouve, on est incapable de trouver des solutions et on est perdu. C’est très relatif d’une personne à une autre. »

Peux-tu nous expliquer la méthodologie qui a été utilisée dans ton expérience 4x 30 jours ?

« J’ai décidé de monter ce programme en 2005. Il n’y avait pas d’outils pour voir dans le cerveau. On se base sur des questionnaires papiers comme pour les astronautes. Quand on envoyait des personnes sur des expéditions, dans 95% des cas, il n’y avait pas de résultats car les gens ne se rendent pas compte des différences qu’il y a entre partir à l’aventure et être sur le terrain et faire un travail complémentaire en plus de l’aventure en elle-même qui est déjà épuisante. On a donc décidé de monter des expéditions dans lesquelles nous préparions les personnes à faire ces études sur le terrain. Le but de 4x30 jours est de traverser des milieux extrêmes de la planète avec 10 femmes et 10 hommes pour y faire un certain nombre d’études. Les milieux les plus violents de la planète, les plus chauds, les plus froids, les plus humides… On voulait voir comment le cerveau se transforme. Nous étions les premiers à vouloir faire ça. Chaque 30 jours ont montré des choses et surtout l’immense capacité du cerveau face à l’adaptation de son milieu. »

On a trop souvent dit que le cerveau était figé. Mais c’est faux. Le cerveau peut se développer toute sa vie

Quels sont les 4 milieux étudiés ? 

« Nous avions choisi le désert le plus chaud et sec du monde, le Dacht-e Lout en Iran, +60 degrés à l’ombre avec 2% d’humidité. Dans un milieu comme ça, le taux d’évaporation est tel que la gorgée que vous prenez dans la bouche n’a pas le temps d’arriver dans l’estomac qu’elle s’est déjà évaporée. En journée ça ne sert à rien de boire.

Ensuite nous avons choisi la forêt tropicale d’Amazonie. Très chaude, 44 degrés et 100% d’humidité. Nous avions l’impression d’être dans une piscine car quand l’eau sort du corps, elle ne s’évapore pas, elle reste sous forme d’eau. Dans des lieux humides, la sensation de fatigue est beaucoup plus importante car le corps a besoin de travailler énormément pour faire son travail de rafraîchissement. 

Troisième milieu, il fallait un froid humide ce qui est très rare sur notre planète. Le seul endroit où nous pouvions retrouver cet environnement, c’était la Patagonie Austral avec des vents très violents qui ne permettent pas à l’eau de geler même à -20 degrés. 

Enfin,  le milieu le plus froid. Nous sommes allés en Sibérie orientale avec des -60 degrés constants. Nous avons choisi des endroits où il n’y avait pas d’humain. »

Au bout de ces 30 jours d’expéditions, qu'est-ce qu'on peut apprendre sur une personne lambda ? 

« Quand on rentre dans une nouvelle situation, on est stupéfait et on ne sait pas comment réagir. Ensuite, il ne faut pas essayer de modifier une situation qui n'est pas modifiable mais plutôt travailler dessus pour ensuite prendre des bonnes décisions et stabiliser la situation puis ensuite influencer son futur pour réussir à avancer. Cela demande énormément au cerveau. la personne va devoir commencer à chercher des solutions.  Très vulgairement, le cerveau va commencer à jouer aux Lego et chercher des informations pour recréer des nouvelles connaissances qui correspondraient à la situation qu’il est en train de vivre. 

Petit à petit le cerveau va développer des nouvelles zones cognitives qui permet de répondre à une situation. On a trop souvent dit que le cerveau était figé. Mais c’est faux. Le cerveau peut se développer toute sa vie en étant confronté à des choses qui ne connait pas. En se confrontant à la nouveauté. 

Nous avons fait des IRM avant le départ et juste au retour des expéditions pour voir comment le cerveau pouvait se développer. Mais cela nous donne qu’une information. Sur le terrain, nous allons donc utiliser des électroencéphalogrammes qui peuvent voir sur un cerveau plus de choses en continuant d'utiliser des questionnaires, des tests... Une cinquantaine de mesures sur le terrain ont été prisent et bien sur, des mesures du terrain en lui-même pour faire une corrélation entre les facteurs sur le terrain et ce qui se passe dans le cerveau. Maintenant grâce aux différentes avancées, nous allons pouvoir travailler aussi sur la transformation génétique. »




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